Moulay Idriss, penser la vieillesse autrement

Moulay IdrissLa situation des personnes âgées au Maroc connait des difficultés au niveau de la prise en charge aussi bien matérielle que sanitaire et morale. Pour ce faire, une stratégie globale doit être développée pour préserver l’équilibre physique et affectif de cette population âgée qui représente aujourd’hui 7% de la population totale, passera à 11,1% en 2020 et 20% en l’an 2040. Twiza organise un chantier pour sensibiliser les jeunes à cette problématique.


Il y a tout juste 60 ans, avoir la quarantaine au Maroc était signe d’une fin proche. Les Marocains vivaient, en moyenne, jusqu’à 50 ans. Aujourd’hui, le niveau de l’espérance de vie ne cesse d’évoluer pour atteindre 65, voire 70 ans. Le Maroc, encore jeune par sa pyramide des âges, se fait vieux. Lentement, mais sûrement, il prend des rides. Les deux millions de personnes de plus de 60 ans sont là pour en témoigner. Les progrès de l’hygiène, la baisse de la mortalité et la lutte contre les maladies touchant les adultes et les personnes âgées sont autant de facteurs qui expliquent la progression de l’espérance de vie au tournant des années 1980. Les maladies cardio-vasculaires sont désormais les principales causes de décès à un âge avancé. Les deux millions de personnes âgées vivent tant bien que mal leurs jours dans un Maroc encore jeune.

Par ailleurs, le troisième âge au Maroc est loin d’être pris en considération, 14% des personnes âgées au Maroc vivent dans des ménages pauvres. Une pauvreté qui s’avère le pire ennemi de la vieillesse et qui touche bien plus le milieu rural.

Il est vrai que les Marocains  n’abandonnent pas leurs anciens. Les grands-parents jouent un rôle particulier au sein de la famille, qui les prend en charge de son mieux et selon ses moyens, même si ce n’est pas toujours évident. Les problèmes et les charges supplémentaires que cela entraîne pour les ménages semblent durs à gérer. Les états d’âme des personnes âgées sont également source de conflit pour les couples qui sont déjà confrontés aux conditions difficiles de la vie et qui se voient obligés de supporter un parent en quête d’une attention particulière. Pourtant, ces vieux ne comptent que sur la solidarité familiale, qui risque bien de s’effriter un jour. Cependant, malgré les vertus de la structure familiale au Maroc, certaines personnes âgées,  sous le poids des contraintes socio-économiques, sont placées dans des établissements tels que les maisons des vieux, des maisons de bienfaisance ou des centres spécialisés. Ces structures d’accueil restent au demeurant tributaires de donateurs et ne bénéficient pas d’une aide étatique loin de subvenir aux besoins des résidents. Si certaines maisons sont récentes et furent construites dans le cadre d’un programme de lutte contre la pauvreté et la marginalisation, initié par la fondation Mohamed V pour la solidarité, la plupart sont anciennes et se trouvent en mauvais  état.

Par ailleurs, les services dispensés par ces structures sont précaires et se limitent à l’alimentation et l’hébergement. Les soins médicaux ne sont dispensés qu’occasionnellement. Les animations sont organisées rarement et sont surtout initiées par les associations à l’occasion des fêtes religieuses.

Un site choisi

L’association Mouvement Twiza a choisi le site de Moulay Idriss comme lieu de chantier pour la rénovation d’un de ces centres qui accueillent des personnes âgées dans le besoin.

La ville de Moulay Idriss est située à 25 kilomètres de Meknès et 60 Km de la ville de Fes. Bâtie sur un piton rocheux dominant la vallée de l’Oued Erroumane et la plaine de l’ancienne ville romaine de Volubilis, la ville compte maintenant quelque 15.000 habitants dont la majorité est arabophone. Sa population est jeune. La ville constitue une vraie attraction touristique surtout avec la proximité du site archéologique de Volubilis. Elle est de vocation agricole surtout par la culture des oliviers et ses huileries.

La maison des vieux

Cette maison fut construite en 1958. Elle s’étend sur une superficie de 200m2. Son architecture est à l’image de l’architecture marocaine avec une cour au centre ouverte sur le ciel pour garantir l’ensoleillement des chambres  situées autour. Elle se situe à Bab Zhar (porte de la chance/fleur d’oranger) dans le quartier Bab Lahjar (porte des prières).
Cette maison peut accueillir 22 personnes. Elle est gérée par 4 employés, deux gardiens (jour/nuit) en plus d’une cuisinière et d’une femme de ménage.
Actuellement, et avant sa fermeture pour cause d’insalubrité, elle accueillait 17 personnes dont 9 hommes et 8 femmes qui furent transférées à l’orphelinat.
La maison comporte 2 pièces (une pour les femmes et une autre pour les hommes) , avec 22 lits, trois sanitaires, une douche, une cuisine. Depuis presque dix ans, la dite maison se trouve dans une situation de délabrement avancé. La pluralité des intervenants (Délégation provinciale de l’Entraide nationale, l’Association des oeuvres de bienfaisance de la ville et commune) dans la gestion de la maison a fait que son état se détériore chaque jour.

Actuellement, les deux pièces qui abritent les résidents sont détériorées et manquent d’aération. Le plafond quant à lui est perméable aux eaux des pluie. Les conduites d’égouts sont détruits. L’électricité exige une intervention pour palier les pannes fréquentes et éviter le risque d’incendie. La plomberie exige elle aussi une intervention. La cour, le sol des pièces doivent être carrelés. Cette situation constitue un véritable risque pour les résidents d’autant que leurs conditions de santé font d’eux des personnes vulnérables et requérant plus d’attention et des mesures optimales de sécurité.

En l’an 2005, l’antenne de l’association mouvement Twiza à Moulay Idris a organisé un chantier dans l’orphelinat de la ville. Ce chantier ciblait la remise à niveau de l’orphelinat par des travaux de peinture et de réparation des sanitaires. Lors du chantier, les jeunes présents ont remarqué la présence de personnes âgées dans le local. En discutant avec ces personnes, ils ont découvert qu’ils avaient été transférés de la maison de vieux vers l’orphelinat pour leur permettre de mieux vivre.

Les bénévoles ont discuté avec eux et ont réussi à dégager les problèmes suivants :
- Dans l’orphelinat, les vieux se sentent abandonnés car ils reçoivent moins de visites.
- Certains donateurs ont arrêté leurs dons à ces personnes car ils n’y sont pas les seuls résidents.
- La maison ne dispose pas d’infrastructure qui puisse faciliter leur séjour surtout que ces personnes âgées souffrent de certaines maladies.
- Les femmes se sentent gênées de la contiguïté des lieux.
- La tranquillité et la quiétude exigées par l’âge sont perturbées par la présence des enfants orphelins qui y séjournent.
- Dans l’ancien bâtiment, ces personnes âgées disposaient chacune de plus d’espace
-L’architecture de l’ancien bâtiment permet un ensoleillement maximal pour ceux qui souffrent des maladies rhumatismales.
- Les sanitaires sont plus facilement accessibles dans l’ancien bâtiment.

Ainsi, de l’avis de toutes les personnes interrogées, le retour à l’ancien bâtiment est un souhait pour ne pas dire une nécessité.

Depuis lors et de concert avec les responsables de l’entraide nationale, des autorités locales et du conseil de la maison de bienfaisance, Twiza a entrepris les premiers contacts pour réhabiliter le centre des personnes âgées afin qu’il retrouve sa fonctionnalité.
Plusieurs contacts ont été entrepris par la section de Moulay Idris sous la supervision du bureau national de Twiza pour trouver un partenaire à la réalisation du projet de réhabilitation de la maison des vieux.

Un chantier sans Belges

Le présent projet fut élaboré à la lumière de l’expérience antécédente avec Asmae et en exploitant les recommandations formulées par les bénévoles lors du chantier à Sidi Allal Bahraoui en juillet 2005.

Ce projet de restauration ciblant la maison des vieux sera réalisé dans le cadre d’un chantier de jeunes. En effet, des jeunes de Twiza, des associations partenaires se chargeront de la mise en œuvre des travaux programmés.

Initialement ce projet devait être réalisé par un groupe de jeunes belgo-marocains.  Pour diverses raisonsce chantier se limitera aux bénévoles marocains et de quelques bénévoles de certaines associations étrangères.

Ce projet s’étalera sur une durée de 20 jours du 15 juillet au 5 aout 2006 avec la participation de 20 volontaires.

Ces volontaires seront encadrés dans la réalisation du chantier par trois maîtres artisans selon les besoins spécifiques des travaux : un maçon, un spécialiste de carrelage et un technicien en électricité.
Le financement est assuré en partie par Asmae. Nous ne pouvons pas assurer toute la couverture des frais de rénovation, mais notre partenaire Twiza nous signale que d’autres financements pourraient être trouvés par les différents intervenants comme les bienfaiteurs ou encore la commune.
Géry de Broqueville.
Texte essentiellement basé sur un document de présentation de ce projet par notre partenaire, l’Association Mouvement Twiza.

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